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Recherche INRA ENVT


Publié dans la revue « Nature Communications », un récent article de l’équipe du Docteur Olivier Andréoletti (INRA-ENVT) met en évidence un résultat inédit concernant la tremblante du mouton : la transmission possible à l’homme.

La première démonstration expérimentale que la tremblante, une maladie à prion qui affecte principalement les moutons, serait susceptible d'infecter les humains a été publiée en ligne le 16 décembre dernier par la revue internationale « Nature Communications » d’après les résultats de recherches menées par l’équipe EST pathogénèse des encéphalopathies spongiformes transmissibles (UMR 1225 IHAP) de l’INRA-ENVT dirigée par le Dr Olivier Andréoletti. (lien

 

Les maladies à prion : des maladies neurodégénératives donnant au cerveau une allure histologique d’éponge.

La tremblante est une maladie neurodégénérative causée par l’accumulation dans les tissus des moutons atteints d’un agent infectieux de nature protéique, appelé prion.

Les maladies à prion ont également été identifiées dans d’autres espèces et affectent une large variété de mammifères. Elles se caractérisent par la transformation de la protéine prion (PrP), normalement présente dans le cerveau, en une variété déformée (PrPsc) et par un cerveau prenant à terme l’allure d'une éponge. La forme la plus commune chez l'humain est appelée la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Chez les bovins, on sait que la maladie de la vache folle ou ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) est transmissible à l'homme et à d’autres animaux. Tout comme la nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (nvMCJ) due à la consommation de produits bovins contaminés. Le danger de transmission de la MCJ par voie transfusionnelle et/ou par les médicaments dérivés du sang avait d’ailleurs été décrit dans un article publié par la même équipe INRA-ENVT dans le journal Emerging Infectious Diseases en décembre 2013 (lien).

 

Les résultats de l’étude d’Olivier Andréoletti et son équipe sèment le doute sur une possible transmission de la tremblante à l’homme.

Olivier Andréoletti (Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse) et ses collègues se sont penchés sur le potentiel infectieux de la tremblante en utilisant comme modèle d’étude des souris génétiquement modifiées exprimant une protéine prion non pathogène possédant la même séquence caractéristique que celle de l’homme. Ce modèle murin s’étant déjà montré, dans des études précédentes, sensible à l’infection par le prion responsable de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB, ou maladie de la vache folle), ils ont inoculé directement dans le cerveau de souris humanisées une dose élevée de prion de la tremblante du mouton. Le cerveau des souris qui avaient survécu au moins cinq cents jours a été prélevé et des extraits d’un mélange de ces cerveaux a été inoculé, toujours par voie intracérébrale, à un autre lot de souris humanisées.
 


 

Après ce deuxième passage, le prion ovin pathologique apparaît doté d’une efficacité de transmission du même ordre de grandeur que celle du prion bovin. De plus, le prion qui se propage partage les mêmes critères génétiques et la même expression clinique que l’agent de la forme sporadique de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

 

Efficacité de transmission ? Seules de nouvelles études pourront le confirmer formellement.

Si ces résultats suggèrent l'éventuelle capacité de la tremblante à infecter les humains, l'étude ne démontre cependant pas directement une transmission à l'homme. « Deux interprétations sont possibles, explique Olivier Andréoletti : soit il existe un lien entre les formes sporadiques et le prion de la tremblante du mouton, soit en forçant le prion de la tremblante du mouton à franchir la barrière d’espèce, on le fait évoluer vers la forme la plus adaptée à l’infection humaine. A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas trancher entre ces deux hypothèses, qui ne s’excluent pas ». Seules des recherches complémentaires permettront d'apporter la lumière sur ces doutes.

En attendant, « Certaines mesures de précaution paraissent en tout cas s’imposer, remarque le Docteur Andréoletti. Cela inclut la poursuite du suivi épidémiologique chez l’homme et des examens chez les animaux présentant les signes de la tremblante. Surtout, au moment où certains parlent de lever l’obligation de retirer du marché alimentaire les matériaux à risque spécifiés (tissus et abats dans lesquels se concentre le prion pathologique), il est indispensable de la maintenir ».

Rappelons que leur retrait a été mis en place à l’échelle européenne en 2001.

 

Contact scientifique :

Olivier ANDREOLETTI

Mail : o.andreoletti@envt.fr

Tél. +33 (0)5 61 19 38 95

Unité Mixte de Recherche INRA / ENVT 1225 « Interactions Hôtes - Agents Pathogènes »

INP-Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse

 

 

Responsable de publication : Service communication INP-ENVT

 

Date de publication: 
Jeudi, 8 Janvier, 2015